Pourquoi devient-on manipulateur ?

 

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Une personnalité devient manipulatrice à cause d’un système de défense mis en place dès l’enfance.

Une personnalité manipulatrice se caractérise par un fonctionnement psychologique à part.
Il s’agit d’un mécanisme de défense.

Voici quelques exemples de mécanismes de défense (nous en avons tous!):

  • Certains par exemple vont développer ce mécanisme en étant agressifs chaque fois que cela est nécessaire, de façon à préserver leur intégrité psychique face à toute agression de la vie.
  • D’autres, comme le timide, vont fuir la réalité en restant dans des positions de retrait.
  • Certains vont carrément oublier (refoulement) des parties de leur propre vie.
  • D’autres tournent en dérision ou transforment par l’humour systématique toute situation difficile.
  • Certains ne veulent pas voir la réalité en face quand elle se fait très critique et conservent leur habituel « tout va bien, il n’y a pas de problème ».

Le mécanisme de défense du manipulateur est différent: il utilise systématiquement la manipulation comme moyen de survie. Ce mécanisme s’automatise. Il devient un mode unique, le seul qui lui permette de communiquer.

Le manipulateur se forge sa propre personnalité et son mode de communication aux autres dès l’enfance (avant 5 ans). L’enfant guette les failles affectives de son parent le plus vulnérable et le fait souffrir par culpabilisation ou autres procédés (cf. liste des 30 critères du manipulateur). Il constate rapidement que l’effet produit lui donne du pouvoir. Tout jeune déjà il observe, il excelle dans l’art de repérer les points vulnérables des autres pour exercer ce pouvoir qui le rassure. Tout jeune il est décrit comme plus intelligent, plus « malin » que les autres enfants. Ils créent aussi plus de conflits interparentaux, ils obtiennent ce qu’ils veulent des adultes, qui sont soit à bout de souffle, soit subjugués. Ce sont souvent des enfants-rois, trop admirés. Vers 4 ans ils ont une particularité qui fascine les adultes (beauté, grande taille, langage très avancé et sophistiqué, don exceptionnel…)

Extrait du livre d’Isabelle Nazare-Aga « Les manipulateurs sont parmi nous »

Le mécanisme de défense du pervers narcissique est une lutte contre la psychose.

La faille narcissique est une constante chez la victime du pervers narcissique, qui s’y engouffre. 1) phase de séduction et 2) erreurs portées en exergue, y compris les qualités.
Ils ont en commun, le pervers et sa victime: une angoisse d’abandon. C’est presque une identification à l’agresseur.

C’est une structure, « on ne devient pas pervers on le demeure » (Freud).
Les mécanismes du pervers narcissique sont mis en place pour éviter une schizophrénie, une psychose: mis en place par quelqu’un qui aura tendance à régresser, c’est à dire à se trouver en danger et à avoir peur de rentrer en psychose, ou par quelqu’un qui cherche à sortir de la psychose.

Certains vont utiliser, à certaines périodes de leur vie, ces mécanismes, mais ne sont pas pour autant des pervers narcissiques.
Le pervers narcissique se situe aux frontières de la folie. Il en réchappe en faisant porter à sa victime ses propres symptômes. Les mécanismes PN sont un rempart contre la schizophrénie.

Il s’est structuré autour des mécanismes de défense: c’est quelqu’un qui va bien: il a trouvé un équilibre là-dedans.
La faille narcissique, c’est qu’on aimerait être la personne idéale, l’enfant idéal pour ses parents. Du coup ce que fait le pervers, et c’est pas loin de la schizophrénie: il va se couper en deux, et au lieu de devenir Dr Jekill (parfait) et Ms Hyde (abominable), il va créer une relation fusionnelle avec l’autre, et dans la fusion, il va dire « je suis Dr Jekill, tu es Ms Hyde », c’est pour cela qu’il est sans cesse en train de faire des reproches.

Le pervers s’attribue l’image de sa victime, qui reste dans l’attente qu’il lui réattribue son image « il finira bien par m’aimer » ou « je vais le soigner », lorsque la victime est particulièrement empathique, ce qui est souvent un trait commun des victimes qui sent la souffrance de l’autre et se dit qu’elle va l’aider.

Alors qu’en fait le pervers ne souffre pas vraiment puisqu’il projette sa souffrance.

Ses mécanismes sont connus, notamment la projection « à cause de toi je vais mal » mais quand il dit ça il ne va pas mal du tout, c’est la victime qui est censée aller mal à sa place.
Le déni et la dénégation sont des mécanismes centraux (tant chez le pervers que chez sa victime qui dit « c’est pas grave ça va passer ».L’objectif inconscient du pervers c’est de transmettre sa propre folie dans l’autre: la victime va devenir folle à sa place.
Un autre mécanisme utilisé c’est le clivage: pour éviter de devenir schizophrène Dr Jekill et Ms Hyde, qu’il ne se sépare et ne se connaissent pas. Il crée une relation fusionnelle avec son partenaire. Il dit je suis Jekill tu es Hyde. La schizophrénie va se jouer à l’extérieur.
Ex: le racisme est immanquablement un mécanisme PN.

C’est un enfant dans un corps d’adulte. Un gamin de 2 ans qui fait des colères mais qui est aussi très séducteur, dans un corps d’adulte. Donc il a des sentiments, comme un enfant de 2 ans en a.
Il y a beaucoup d’enfants symptômes « si ça va mal c’est à cause de toi ». Mais quand on lui dit c’est de ta faute, on lui dit aussi qu’il existe. Car la pire chose qui peut arriver à un enfant c’est de ne pas exister pour ses parents. L’enfant maltraité s’y habitue et s’y attache: l’enfant maltraité, on lui a ainsi donné une place. Le pire ça aurait été de ne pas lui donner de place du tout. Donc on arrive dans notre vie d’adulte avec le sentiment que nous avons cette place. Et quand nous rencontrons un pervers, malgré tout nous sommes en terrain connu! Et à partir de là nous allons accepter de redevenir le symptôme du foyer.

Le seul cas où on pourrait guérir le PN c’est en le quittant. Car si on reste (par compassion « il va mal je reste avec lui ») le message qu’on lui envoie c’est que son fonctionnement marche très bien avec nous, et ça l’encourage à continuer (boucle de renforcement positif). Alors que partir, abandonner l’autre, c’est une forme de compassion: on lui formalise une limite, comme on fait avec nos enfants quand ils font une bêtise.

Quand on lui formalise ainsi, en le quittant « ça ne marche pas », il va probablement se retrouver une autre victime, ou se renfermer sur lui-même et se laisser mourir, ou décider, parce qu’ils en souffrent, de se faire soigner pour que ça s’arrête (très peu probable!).

Le PN ne va jamais consulter, car il se mettrait en danger en psychothérapie. Avec le PN on est sur des sables mouvants. Il faudrait qu’il soit capable d’entendre qu’il n’est pas l’enfant idéal, pas la personne idéale.

Intervention dans « De vous à moi, 2014 » de Jean-Charles Bouchoux, psychanalyste, écrivain.

Mémoire traumatique des violences et dissociation vont faire cohabiter chez les victimes plusieurs « personnalités ». Cette mémoire traumatique des actes violents et de l’agresseur colonise la victime, et lui fera confondre ce qui vient d’elle avec ce qui vient des violences subies ou de l’agresseur. Certaines victimes peuvent s’identifier à la mémoire traumatique provenant des agresseurs et de leurs mises en scènes et développer une personnalité narcissique notamment.

Extrait du document du Dr Muriel Salmona « La dissociation traumatique et les troubles de la personnalité: ou comment devient-on étranger à soi-même ».

Eléonore TARLET